Le trou de Paris

Quelle idée saugrenue de tourner en 1974, un western en plein centre de Paris !

Le prétexte est le fameux « trou », laissé par la destruction en 1971 des Halles Baltard (construites en 1857), creusé pour construire le Forum avec sa station de métro et de RER.

Le projet aurait pu donner l’occasion de tourner une satire politique mordante et drôle, ou bien un western spaghetti décalé, social et engagé (comme par exemple l’excellent « El Chuncho » de Damiano Damiani).

Hélas, « Touche pas à la femme blanche », qui se veut parodie foutraque de la bataille du Little Bighorn, qui s’est soldée par le massacre des indiens par des soldats américains, n’est que bavard et ennuyant.

Cette unique excursion de l’italien Marco Ferreri dans le western ignore les codes du genre hollywoodien, aussi bien que la subversion de ces codes entrepris par les trois Sergio (Leone, Corbucci et Sollima).

Il ne réussit pas mieux avec le côté parodique, souvent grossier et maladroit, quand ce n’est pas simplement insipide.

La légende veut que Marco Ferreri, après avoir été spolié par son producteur des gains de « La Grand Bouffe », grand succès public controversé, a volontairement conçu un mauvais film, voué à l’échec pour nuire à ce dernier. Si la légende est avérée, le réalistateur a incontestablement réussi sa revanche – aux frais et au mépris du spectateur.

Cela dit, on peut lui être reconnaissant d’avoir filmé la destruction des Halles et le grand trou de Paris en format large, ce qui donne au film une valeur documentaire unique et intéressante.

Marco Ferreri réunit à nouveau ses quatre copains de « La Grand Bouffe » (Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Michel Piccoli et Ugo Tognazzi) avec en prime Catherine Deneuve (la femme blanche du titre) et Serge Reggiani (en indien nu).

Dans ce concours de cabotinages fatigants, il faut néanmoins louer les prestations de Piccoli et de Noiret, qui se démarquent des autres protagonistes par leur verve absurde.

Et on a droit à une visite des intérieurs de la Bourse du Commerce dans son jus de 1974, transformée en 2020 par le Japonais Tadao Ando en « Pinault Collection ».

Si les scènes de discussions interminables sont fastidieuses et les scènes d’action bâclées, il reste une scène émouvante, voire bouleversante, lorsque les soldats enferment un groupe d’indiens composé de vieillards, de femmes et d’enfants, dans une immense cheminée pour la faire imploser ensuite.

Cette mise en parallèle du génocide des indiens avec celle des juifs dans les camps d’extermination reste troublante.

Quant au reste, on se demande ce qu’un metteur en scène inspiré aurait pu faire d’autre d’un tel décor et avec de tels acteurs !

… si, par exemple, Jodorowsky aurait pu réaliser ici sa version de « Dune » !

TOUCHE PAS A LA FEMME BLANCHE 1974 Marco Ferreri

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