Le trou de Paris (coda)

Dans le film du même nom, « The French Dispatch » est un journal dont le siège social est situé dans la ville fictive d’Ennui-sur-Blasé. Le film a été tourné à Angoulême et il a l’apparence d’un condensé de clichés des années 30 à 60 sur la ville de Paris en miniature.

Ennui-sur-Blasé a été joliment imaginé par Wes Anderson, cet étrange connaisseur et amoureux de la France, né en 1969 à Huston, Texas, qui a réalisé des chefs-d’œuvre magnifiquement maniérés, comme « Rushmore », « Moonrise Kingdom » et « The Grand Budapest Hotel ».

Dans le film « The French Dispatch », divisé en plusieurs chapitres, le journaliste Herbsaint Sazerac (Owen Wilson) présente la ville d’Ennui-sur-Blasé sous toutes ses coutures.

Devant la clôture d’un chantier important, il explique la destruction des Halles, « lieu mythique sous une grande voute composée de verre et de fer forgé »

… qui doit faire place à un nouveau centre commercial et un parking.

L’allusion au « trou des Halles » à Paris, au début des années 70, est évidente.


Si « Touchez pas à la femme blanche » a investi le trou de Paris pour en faire son décor principal, il y a d’autres films qui montrent, souvent de manière très furtive, ces grands travaux au centre de la capitale.

Parmi eux, « Le Tueur » de 1972. Le commissaire expérimenté Le Guen (Jean Gabin) doit ici chasser le dangereux tueur Gassot (Fabio Testi) de Paris à Marseille, puis de nouveau à Paris.

Dans la capitale, le criminel Gassot trouve refuge dans « l’Eros Bazaar », situé près des anciennes Halles…

… tandis que le commissaire le guette déjà depuis sa Citroen DS …

… planquée en face du sex-shop sur le terrain de l’immense chantier en cours.

Un panoramique dévoile l’étendue de ce qui deviendra le trou de Paris pour les six ans à venir.

Quelques bâtiments de Victor Baltard, constructeur des Halles, qui comprenaient 168 magasins et services, tiennent encore debout, avec au fond l’église Saint-Eustache.

L’insistance du film sur le chantier des Halles est cohérente avec son approche globale, qui montre un Paris moderne et froid, où les anciens repères sont remplacés par des bâtiments formatés et des panneaux de signalisation.

Cette modernité architecturale bouleversante est également illustrée à la fin du film par un autre chantier de grande envergure : la tour Montparnasse, en cours de construction. Comme déjà dans son film « Rue des Prairies », De la Pattelière utilise l’architecture pour démontrer un changement de société.

De cette approche témoignent aussi les méthodes ultramodernes du nouveau directeur de la P. J., François Tellier (l’impassible Bernard Blier), qui, dans son nouveau bureau, habillé de fins profilés en aluminium et de panneaux maronnasses dernier cri, insiste sur l’utilisation des ordinateurs et réprime l’approche intuitive de son commissaire chevronné, pas vraiment en phase avec le nouveau monde à venir.

THE FRENCH DISPATCH 2021 Wes Anderson

LE TUEUR 1972 Denys de la Patellière

Une réflexion sur “Le trou de Paris (coda)

  1. Merci d’avoir signalé Le tueur comme trace historique de Paris ! Je l’ai regardé sur Youtube. En 1972, j’étais étudiant à Paris, mais ce n’était pas ce genre de film que j’allais voir !

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