Howard Roark, architecte rebelle (3)

THE FOUNTAINHEAD (Le Rebelle) 1949 King Vidor

INDECENT PROPOSAL (Proposition indécente) 1993 Adrien Lyne

Chapitre 3 : « J’ai deux amours. »

« Le Rebelle », qui raconte l’ascension de l’architecte Howard Roark, un concepteur-constructeur sans compromis, est aussi une étude intéressante sur la vie amoureuse des architectes.

Avant de rencontrer Howard Roark (Gary Cooper) qui deviendra l’homme de sa vie, la journaliste Dominique Francon (Patricia Neal) est fiancée avec l’architecte conformiste Peter Keating (Kent Smith). Pourtant, il ne s’agit pas d’une histoire d’amour ou de passion, puisque Dominique s’est liée à Keating d’abord par ennui et pour faire plaisir à son papa, lui-même un architecte classique influent.

Dominique écrit des éditoriaux sur l’architecture moderne dans le tabloïd « The Banner ». Les œuvres de Howard Roark, architecte émergent, sont parmi ses préférées. Elle défend ses opinions contre son supérieur Elsworth Toohey (Robert Douglas), un défenseur du classicisme, et même contre l’avis de son éditeur Gail Wynand (qui de son côté admire son courage et surtout son joli nez).

Gail Wynand (Raymond Massey), amoureux de Dominique, propose lors d’un diner avec elle et son fiancé un marché assez impertinent : il offre à Peter Keating de l’engager pour concevoir un gratte-ciel important, à condition qu’il rompe ses fiançailles avec Dominique !

Passé la première surprise, Keating accepte le marché.

Cette séquence atteste à la fois de l’avidité de l’architecte (le prestige d’une grande commande avant tout) et du peu de considération qu’il porte à sa fiancée. Keating parait lâche et méprisable.


Adrian Lyne, abonné aux histoires vaguement sulfureuses et filmées sur papier glacé (« Liaisons fatales », « 9 Semaines 1/2 », « Infidèle »), reprendra l’argument pour « Proposition indécente » en 1993 :

David Murphy (Woody Harrelson), un architecte en manque de clients (et d’argent), croise avec sa jolie femme Diana (Demi Moore) le milliardaire charmant et courtois John Gage (Robert Redford). Comme dans « Le Rebelle », l’homme riche et influent propose d’acheter la femme d’un autre en contrepartie d’une récompense matérielle. Dans le premier cas, pour libérer Dominique (difficile d’être plus explicite en 1949), dans le deuxième pour passer une nuit ardente avec Diana.

Lyne intensifie le dilemme en montrant le couple Murphy amoureux et soudé, mais tenté en même temps par l’appât du gain d’un million de dollar. L’argent permettrait à David de terminer enfin sa maison de ses rêves, et au couple de vivre (encore plus ?) heureux …

David Murphy, homme intègre et passionné par son travail et son enseignement de l’architecture à l’université, va vite regretter d’avoir accepté le marché et tout tenter pour l’annuler.

Malgré ses qualités, il est in fine aussi lâche et méprisable que son confrère Peter Keating dans « Le Rebelle ».


Revenons au « Rebelle » : dans le même film, Howard Roark doit également choisir entre sa passion pour Dominique (qui ne souhaite pas le voir broyé par le système, s’il n’arrive pas à réaliser ses projets ambitieux) et la passion pour son métier. Sans surprise (et malgré une petite hésitation), Roark choisit l’architecture. Mais cette fois, ce refus de l’amour paraît héroïque et déchirant.

Dominique accepte alors de se marier avec Gail Wynand, qu’elle n’aime pas, afin de s’éloigner de Roark. L’histoire se corse quand Wynand, ignorant leur relation, veut offrir à sa femme une villa somptueuse et exceptionnelle et demande justement à Howard Roark de la concevoir (puisque c’est le meilleur) …

Dominique Francon est un personnage féminin étonnamment indépendant pour l’époque. Elle a beau être riche, oisive et rongée par le sentiment de ne pas être capable d’aimer, elle s’épanouit dans son travail, qu’elle mène avec passion dans un monde dominé par des hommes. Elle défend bec et ongles ses opinions progressistes sur l’architecture et n’hésite pas non plus à être la complice d’un crime pour défendre l’œuvre bafouée de son amant. Elle est très loin du stéréotype de la femme docile et potiche, qui peuple la grande majorité des films hollywoodiens.

Suite à la publication du roman en 1943, l’actrice Barbara Stanwyck fait tout pour accéder à ce rôle complexe et tourmenté, à la fois violent et fragile. Stanwyck demande au producteur Jack Warner d’acheter les droits du roman, mais lors de la préparation de la production, l’actrice est évincée au profit de Patricia Neal, plus jeune et plus manipulable. Gary Cooper est loin d’être emballé par cette décision, persuadé que Neal est une très mauvaise actrice … Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une affaire torride avec elle pendant le tournage !

La première rencontre entre Howard Roark et Dominique a lieu dans la carrière appartenant au père de Dominique. Roark, qui peine à trouver des clients, doit gagner son pain en cassant des pierres. Il est tout de suite repéré par Dominique, qui tue son ennui en se baladant à la campagne.

Les images très suggestives (pour ne pas dire lourdes) de King Vidor ne laissent pas de doute : Dominique est impressionnée par la manière dont Roark manipule son marteau-piqueur ! Désormais, elle ne peut plus oublier ce travailleur viril, et pour le revoir, elle brise un bout de marbre de sa cheminée, pour qu’il vienne la réparer.

Le jeu d’attraction / répulsion (je te veux, je ne te veux pas) qu’elle déclenche, culmine dans une scène d’amour violente – en fait un viol – ou Howard prend Dominique contre son gré.

Dominique se laisse faire et enfin, elle sentira l’amour, le vrai – en tout cas selon les règles établies dans la perception hollywoodienne du machisme, où la fin justifie les moyens.

Leurs chemins se séparent après cette nuit torride et ce n’est que bien plus tard que Dominique réalise que le beau travailleur inconnu et l’architecte qu’elle admire le plus au monde … ne font qu’un !

(à suivre)

THE FOUNTAINHEAD (Le Rebelle) 1949 King Vidor

INDECENT PROPOSAL (Proposition indécente) 1993 Adrien Lyne

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