Howard Roark, architecte rebelle (2)

THE FOUNTAINHEAD (Le Rebelle) 1949 King Vidor

Chapitre 2 : « Je fixe mes propres normes »

Après la mort de son mentor Henry Cameron (Henry Hull), et avec seulement quatre petits projets réalisés, l’architecte Howard Roark (Gary Cooper) est toujours à la recherche de clients pour ses idées ambitieuses.

Un projet de gratte-ciel semble enfin lui donner la possibilité de réaliser un bâtiment de grande envergure. Si le client – un consortium de plusieurs personnes – a accepté le principe, c’est surtout pour les fonctionnalités novatrices qu’il offre, mais les membres ne sont pas convaincus de l’aspect visuel, beaucoup trop avant-gardiste.

La proposition de Roark a de quoi surprendre : il combine un parallélépipède régulier, léger et extrêmement épuré, en métal et verre comprenant trente-sept étages identiques avec un socle en béton massif, formé de quatre énormes piliers.

Comme la rencontre improbable du Dirksen Federal Building (1960) de Ludwig Mies van der Rohe à Chicago (à gauche) avec les piliers sculpturaux de l’unité d’habitation (1945-52) de Le Corbusier à Marseille (au milieu). Deux bâtiments qui ont été terminés après la sortie du film.

Dans une scène d’anthologie, devenue célèbre (chez les architectes), le consortium déguise la maquette en temple néo-grec, car c’est ce genre d’architecture à laquelle il peut s’identifier et qui exprime son pouvoir. Mais Roark défend son esthétique épurée comme indissociable de la fonction et refuse de défigurer son travail.

Face à l’insistance du client qui se considère comme roi, la réponse de Howard Roark est sans équivoque : « Je ne bâtis pas pour des clients. J’ai des clients pour bâtir. » En VO, sa position est encore plus déterminée : « I set my own standards ! » (« Je fixe mes propres normes ! ») Les conséquences sont néanmoins lourdes : la perte du projet fait couler sa petite agence.

Le rôle de l’architecte a d’abord été prévu pour Humphrey Bogart, mais la romancière Ayn Rand, assez influente pendant la préparation du film, insiste pour obtenir Gary Cooper. Ce dernier incarne à merveille le héros américain des années 40 dans des films comme « Sergeant York », « Beau Geste » ou « Vainqueur du destin ». Trois ans après avoir incarné l’architecte libéral Howard Roark, il composera avec son jeu minimaliste habituel le Shérif abandonné par sa commune dans « Le train sifflera trois fois » (Fred Zinnemann), un western politique, qui dénonce justement le libéralisme célébré dans « Le Rebelle ».

Howard Roark ne doit pas seulement se battre contre des clients peu enclins à accepter la nouveauté, mais aussi contre l’opinion publique, représentée par l’influent critique d’architecture Elsworth Toohey (Robert Douglas), un des plus violents détracteurs de l’architecture progressiste.

Ce critique, qui fait l’éloge d’un classicisme rétrograde, a des ressemblances avec deux hommes bien réels, mais postérieurs au film : le romancier et journaliste Tom Wolfe, qui condamne l’architecture moderne dans son pamphlet « From Bauhaus to our house » (« Il court, il court, le Bauhaus »), et l’architecte et historien Charles Jencks (auteur entre autres de « The language of postmoderne architecture »), tous deux fervents défenseurs du postmodernisme des années quatre-vingt, amoureux d’une architecture ordonnée et classique et qui assassinent dans des articles virulents l’architecture moderne.

Elsworth Toohey publie ses articles dans le tabloïd populiste « The Banner », fondé par le magnat Gail Wynand (Raymond Massey), un self-made-man, qui croit pouvoir tout acheter et qui a fait fortune dans la presse qu’il manipule sans remords.

Le personnage de Gail Wynand est inspiré de William Randolph Hearst, magnat de la presse américaine et millionnaire, qui a déjà été le modèle de Charles Foster Kane dans le chef d’œuvre « Citizen Kane » (1946) d’Orson Welles.

L’immense bureau avec vue imprenable sur la skyline de New York atteste de sa supériorité. Malgré l’immense baie vitrée aux menuiseries très fines, qui peut passer pour moderne (et qui rappelle le bureau de Freder dans « Métropolis »), le plafond aux multiples lignes courbes art-déco, caractéristique des années 1920 à 1930, trahit le goût rétro du maître des lieux.

Ruiné, Howard Roark est contraint de gagner sa vie en travaillant dans une carrière, le marteau-piqueur à la main. Accomplir un métier manuel dur et physique n’est pas pour lui une tâche mineure ou dégradante. Il approfondit, au contraire, ses connaissances sur les marbres et autres pierres, ainsi que leurs propriétés pour la construction.

Le film souligne ainsi l’intérêt d’approcher les différents métiers de la construction, savoir faire indispensable pour concevoir une œuvre cohérente.

Mais c’est aussi un formidable prétexte pour que Dominique Francon (Patricia Neal) puisse tomber par hasard sur Roark (la carrière appartient à son père) … une rencontre qui va faire des étincelles, ce que l’on verra dans le prochain épisode.

(à suivre)

THE FOUNTAINHEAD (Le Rebelle) 1949 King Vidor

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