Vulcania

« On ne vit que deux fois » (1967), la cinquième aventure de James Bond, permet au chef décorateur Ken Adam, de créer un environnement total pour un super-vilain, pour la deuxième fois après « James Bond contre Dr. No ». C’est-à-dire un endroit stupéfiant, qui réunit à travers un design innovant, un refuge invisible (puisque caché), un lieu de vie agréable et un lieu de travail performant.

Surtout, Ken Adam souhaite surpasser son design d’île fortifiée du « Dr. No », avec son laboratoire nucléaire futuriste, son living-room distingué situé sous l’eau, ses chambres d’hôtes avenantes et ses grottes impénétrables. Un décor qui montre, déjà dans la première aventure de 007, une approche à la fois visionnaire et avant-gardiste. Une vision qui atteint des sommets dans le cinquième film de la série et qui sera seulement éclipsé dix ans après, en 1977, avec Ken Adam’s décor pour « L’Espion qui m’aimait ».

Ernst Stavro Blofeld, la tête du SPECTRE et adversaire récurrent de James Bond, a déjà agi dans l’ombre dans les précédents films « Bon Baisers de Russie » et « Opération Tonnerre » – représenté en gros plans, par son joli chat bien-aimé, un angora turc blanc.

Dans « On ne vit que deux fois », Blofeld a pour la première fois un visage : c’est l’acteur britannique Donald Pleasence, abonné aux personnages lunatiques dangereux, quand il n’est pas le détracteur acharné d’un certain Michael Meyers, dans plusieurs films de la série « Halloween ».

Dans le roman de Ian Fleming, Blofeld habite un ancien château sur la côte japonaise. Avant le tournage du film, le metteur en scène Lewis Gilbert, les producteurs Saltzmann & Broccoli et le chef décorateur Ken Adam se rendent donc au Japon pendant trois semaines pour dénicher les lieux du tournage. Ils réalisent alors que la fantaisie de Fleming est un peu trop débordante, puisqu’ils ne trouvent aucun endroit qui ressemble, même de loin, aux descriptions du romancier. Mais ils tombent sur un groupe de volcans très photogéniques (le Mount Shinemoedake) au parc national de Kirishima-Yaku, dans la région de Kagushima, et décident alors que l’intérieur d’un des volcans sera la cachette du super-vilain.

Ken Adam (assisté de Harry Pottle, Peter Lamond et David Ffolkes) construit ensuite sur les bords du Pinwood Studio, près de Londres, le plus grand intérieur jamais réalisé pour un film de James Bond. Le décor possède une hauteur de 45 mètres et est visible jusqu’5 kilomètres à la ronde. Le coût de sa réalisation s’élèvera à un 1 million de dollar – soit le budget total du premier James Bond (« Dr. No ») en 1962.

La pièce centrale sert de base de lancement pour les fusées de Blofeld, capable « d’avaler » les vaisseaux spatiaux envoyés dans l’espace par les Etats-Unis et par l’URSS pour les ramener ensuite dans leur cachette.

Le décor combine plusieurs niveaux reliés par des escaliers métalliques. Un monorail circulaire fait le tour intérieur du volcan et une plateforme d’atterrissage pour hélicoptères jouxte le poste de contrôle, qui est le cœur névralgique de l’ensemble.

Un immense couvercle métallique simule l’immersion du volcan par des eaux souterraines. Il s’ouvre uniquement lors du lancement des fusées.

Le centre de contrôle est une boîte rectangulaire en béton brut adossée à la paroi volcanique, soutenue par une grande poutre qui laisse passer le monorail au-dessous. Un escalier (sans garde-corps) donne accès depuis le niveau du bas sur une large terrasse.

La grande baie-vitrée permet de surveiller les activités de la base secrète. Des stores métalliques très performants protègent les vitres pendant le lancement des vaisseaux.

Entouré de ses fidèles collaborateurs qui s’acharnent à accélérer le déclin de l’humanité, Blofeld est confortablement installé dans un fauteuil « G Plan 6250 » de 1962 – copie de l’iconique « Egg Chair » – conçu par Arne Jackobsen en 1958, pour le SAS Royal Hôtel de Copenhague.

Mais bien entendu, James Bond est aussi là pour sauver le monde !

La pièce la plus intrigante de ce décor complexe reste le bureau de Blofeld (ou bien est-ce son living ?). Son accès se fait par l’arrière du centre de contrôle et elle s’articule autour d’un bassin d’où émergent des plantes. Le rocher apparent sur les murs et le dallage irrégulier du sol de la même teinte que la pierre, donnent avec des éléments en acier inoxydable, une grande cohérence (assez froide) à l’ensemble. Le mobilier, parmi lequel trois immenses poufs (ou lits ?) étonnants, ajoute un peu de chaleur avec ses tonalités rouge-marron. On se demande si ces canapés géants sans dossier (qui ne figurent pas sur les esquisses de Ken Adam) servent uniquement à installer confortablement le précieux chat …

Comme souvent dans les installations de Ken Adam, des antiquités, des anciens tapis et des œuvres d’art classiques complètent, par contraste, la sobriété de l’espace. Une grande cheminée est incrustée dans la paroi du volcan, surmontée d’un tapis mural décoratif.

Parmi les œuvres d’art, on reconnaît à gauche de Sean Connery, « La Vierge et l’Enfant avec la famille du bourgmestre Meyer », peinture de Hans Holbein le Jeune (1526), connue également sous le nom de « Madone de Darmstadt ».

Le bassin d’agrément n’est pas rempli de poissons rouges (une proie trop facile pour le chat), mais de piranhas mortels, ce que découvre à regret la ravissante Helga Brant (Karin Dor), après avoir échoué à exécuter l’agent 007. La passerelle métallique se transforme alors en pont-levis pour que Blofeld puisse se débarrasser du personnel inefficace. (On reconnaît bien là l’humour noir de Roald Dahl, scénariste du film.)

Comme la coutume l’exige, le film se termine par une grande bataille où tout explose à grand fracas. Ce qui reste du décor, après les innombrables explosions, sera démantelé à la fin du tournage

Si James Bond arrive à déjouer les plans sinistres de Blofeld, ce dernier échappe au désastre en sauvant avec lui son joli matou, qui commence à en avoir marre du bruit.

Blofeld reviendra, deux ans plus tard, sous les traits de Telly Savalas, dans « Au service secret de Sa Majesté ». Il ne sera plus logé à l’intérieur, mais au sommet de la montagne !

(à suivre … bien entendu)

YOU ONLY LIVE TWICE (On ne vit que deux fois) 1967 Lewis Gilbert

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