La maison que Jacques a bâtie (2)

La série « Chapeau, melon et bottes de cuir » s’empare de la fameuse chanson à accumulation « The house that Jack built » dans sa quatrième saison (tournée en 1966 et diffusée pour la première fois sur la télévision française en 1991, sous le titre « L’héritage diabolique »). Elle emprunte ainsi son titre pour le donner à ce nouvel épisode.

Si le personnage de l’agent secret John Steed (incarné avec spiritualité, flegme et nonchalance par l’inimitable Patrick Macnee pendant des décennies) est le pilier de cette série culte anglaise, ce sont ses co-équipières (Honor Blackman, Linda Thorson et surtout Diana Rigg) qui ont marqué les esprits.

La plus emblématique est Emma Peel, interprétée par la délicieuse Diana Rigg, de 1965 à 1967. Vêtue d’extravagantes combinaisons moulantes les plus « groovy » du petit écran, les fameuses emmapeelers, fabriquées en Crimplene par T. B. Jones Ltd. à Londres, elle incarne avec, intelligence, combativité et élégance, une wonder-woman des swinging sixties.

« The house that Jack built » est le 23ème épisode de la saison 4, et un des meilleurs scénarios créés par l’inventif Brian Clemens (scénariste et producteur de la série). L’épisode a la particularité d’être centré sur Emma Peel : celle-ci hérite d’une grande demeure perdue dans la campagne, par un oncle inconnu, le bien nommé Jack…

Emma s’y rend seule et en explorant les lieux, elle se rend vite compte que la villa cache bien des secrets.

Poussant une porte, elle se retrouve enfermée dans une succession de couloirs étranges et labyrinthiques, organisés autour d’une chambre circulaire. Quand elle emprunte d’autres couloirs qui partent de cette pièce, elle arrive à nouveau dans la pièce de départ !

A force de tourner en rond et de perdre toute notion d’orientation, l’inébranlable Madame Peel, qui en a vu d’autres, commence à se sentir déstabilisée par ce dédale sans fin …

… qui l’amène finalement dans une dernière salle qui affiche une exposition consacrée à la gloire d’elle-même… décédée !

Telle Alice, elle traverse le miroir (ou plutôt son propre portrait) pour découvrir l’envers du décor : la maison a été transformée en une gigantesque machine diabolique dans le but de l’enfermer et de la torturer jusqu’à la mort !

Des dispositifs mécaniques et hydrauliques très complexes, gérés par un immense ordinateur, permettent de faire tourner les pièces et de les relier (ou de les dissocier) avec une multitude de possibilités. Cette version infernale de la « machine à habiter », chère à Le Corbusier, offre des espaces sans cesse transformables et renouvelables – le rêve d’un architecte qui peut devenir le cauchemar de l’utilisateur !

Le succès de cet épisode repose sur la vielle recette qui consiste à mettre en danger une jeune et jolie fille de préférence innocente, exposée à une multitude de supplices jusqu’à ce qu’un prince charmant la délivre à la dernière minute. Une formule à succès très appréciée, vu le nombre de films consacrés aux femmes séquestrées et torturées.

Son adversaire se dévoile enfin par télé interposée, et Emma réalise non sans surprise, qu’il est déjà décédé ! Il s’agit d’un brillant ingénieur qu’elle a jadis licencié, alors qu’elle dirigeait encore l’entreprise de son père. Devenu fou, il a passé des années à perfectionner l’automatisation de la maison pour en faire une machine à tuer et un tombeau pour l’héroïne. …

Emma réussira-t-elle à se sortir de cet héritage diabolique ?

Et que fait John Steed pendant tout ce temps ?


Divulgation du dénouement : Malgré la formule classique (voir machiste) du scénario, qui consiste à terroriser une fille pour le plaisir (malsain) du spectateur (masculin), l’épisode déjoue les attentes dans sa conclusion, puisqu’Emma va s’en sortir toute seule comme une grande, grâce à son intelligence et ses capacités d’endurance. Et surtout sans l’aide de son partenaire John Steed, qui arrive seulement quand elle s’est déjà libérée de l’emprise de la maison.

Une approche avant-gardiste (pour ne pas dire féministe), aussi exceptionnelle que bienvenue pour une série télé grand public des années 60, qui a toujours su surprendre.

THE AVENGERS 4/23 : « The house that Jack built »

(« Chapeau, melon et bottes de cuir » saison 4 épisode 23 : « L’héritage diabolique ») 1966 Don Leaver

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