La maison que Jacques a bâtie (1)

« The house that Jack built » est une chanson traditionnelle anglaise basée sur le principe de l’anadiplose, puisque c’est une chanson « à accumulation » ou « à récapitulation ». Chaque couplet ajoute une phrase et répète l’ensemble des phrases précédentes :

… et ainsi de suite.


« The house that Jack built » est aussi le titre d’au moins quatre films :

Un film muet tourné en 1900 par George Albert Smith, un film d’animation tourné en 1967 par Ron Tunis, un épisode de la série culte « Chapeau, melon et bottes de cuir » (Saison 04, épisode 23) tourné en 1966 par Don Leaver et un « slasher movie » tourné en 2018 par Lars van Trier.


Sorti en 1900, le film « The house that Jack built » ne dure que 50 secondes : une petite fille construit une maison avec des cubes en bois pendant que son frère la regarde. Le garçon la laisse finir son chef d’œuvre, pour ensuite le détruire entièrement. Quand la maison est réduite en un tas de ruines, la même séquence reprend mais montée à l’envers : les coups du garçon font réapparaître la maison jusqu’à ce qu’elle soit complètement reconstruite – comme par magie. George Albert Smith, pionnier de la cinématographie naissante est comme Méliès, son homologue français, grand amateur d’effets spéciaux. Il filme ici ses propres enfants.

L’effet de surprise de voir renaître la maison sous nos yeux – d’une simplicité affligeante pour le spectateur d’aujourd’hui – reste bluffant : il ne résume pas seulement les deux moments les plus importants de la « vie » d’une maison (sa construction et sa destruction – ce que nous observons également chez Buster Keaton), mais il inverse le processus en montrant d’abord la destruction et seulement après la (re)construction.

Si le film commence par un acte cruel et gratuit, la deuxième partie du film peut être vue comme une séquence fantasmée de la fillette, qui souhaite voir renaître sa maison. Ou encore comme un coup de magie du garçon qui, tel un prestidigitateur fait d’abord peur au public pour ensuite rétablir l’ordre. Malgré la reconstitution de la maison (et une fin heureuse), on notera que le cinéma muet adopte déjà des stéréotypes bien en place, où la fille doit souffrir, et le garçon, présenté d’abord comme vilain, devient le héros de la situation (qu’il a lui-même créée) !


« The house that Jack built » de 1967 combine le principe de la chanson avec un autre conte populaire : « Jacques et le haricot magique ».

Ce film d’animation montre l’uniformité et la monotonie de la vie en lotissement, tout en soulignant le désir de vouloir être comme les autres.

Il dénonce également la dépendance aux objets de consommation dans sa première partie, pour vite se détourner des questions de la maison ou de l’architecture, au profit d’une relecture assez classique et conventionnelle du conte « Jacques et le haricot magique ».

(à suivre)

THE HOUSE THAT JACK BUILT 1900 George Albert Smith

THE HOUSE THAT JACK BUILT 1967 Ron Tunis

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