La maison de poupée d’Arthur

« Absolute Beginners », le roman culte de Colin MacInnes, aurait mérité une meilleure adaptation au cinéma. Combiner la légèreté d’une comédie musicale avec un sujet sérieux n’est pas évident, comme l’a montré l’échec du film de Jacques Demy, « Une chambre en ville ». « West Side Story » (l’original de 1961 par Robert Wise) est l’une des rares exception à avoir réussi ce pari difficile.

« Absolute Beginners » raconte l’histoire d’un amour contrarié entre Suzette et Colin qui doivent choisir entre bonheur personnel et succès public, sur fond de tensions raciales dans le quartier londonien de Notting Hill, pendant l’été 1958.

Plusieurs musiciens interprètent des rôles clés : David Bowie, excellent en investisseur véreux, Sade Adu, envoutante en chanteuse sensuelle, sans oublier Edward Tudor-Pole, hilarant en Teddy boy bête et méchant.

Ray Davies, le cerveau du groupe beat The Kinks, est touchant en père du héros. Il est regrettable qu’il n’ait pas eu l’occasion de jouer plus souvent dans des films. L’ex-mannequin Mandy Rice-Davies (pas de lien familial avec Ray) interprète sa femme volage.

Le personnage de Ray Davies se prénomme Arthur, comme le protagoniste de l’album-concept du même nom, publié par The Kinks en 1969. Ray Davies avait même écrit un scénario pour un téléfilm avec la figure d’Arthur, mais le projet n’a pas abouti.

Le temps d’une chanson, Davies fait le tour de sa maison et le constat amer de sa vie. Cette séquence le montre en train d’accomplir des tâches ménagères, tandis que les autres habitants s’amusent. Le tout à l’intérieur d’une maison de poupée, ouverte sur l’ensemble des pièces, ou selon une coupe longitudinale en architecture.

On retrouve ce type de vue dans les livres pour enfants pour expliquer le fonctionnement d’une maison, d’un bateau ou d’autres univers plus ou moins complexes. Wes Anderson est un grand amateur de ce procédé, notamment dans « La vie aquatique » (ci-dessus) et « Moonrise Kingdom ».

Buster Keaton emploie déjà le principe avec brio en 1920 pour « Malek, champion de tir », son tout premier film en tant que réalisateur.

Julien Temple, surtout intéressé par le côté voyeur du procédé, l’utilise dans « Absolute Beginners » pour montrer avec peu de finesse, les petits secrets de ses habitants.

Pendant qu’Arthur assure le service du thé …

… son fils essaie à l’étage les dessous de sa mère, épié par un sous-locataire qui sort de sa douche. Alors que le lave-linge déborde au rez-de-chaussée, sa femme est en train de batifoler avec un ami. Arthur, impassible, passe l’aspirateur.

Car tout ce que demande Arthur est qu’on lui fiche un peu la paix : « Je donnerais tout pour une vie tranquille … » et de conclure avec un certain détachement : « Confidentially, between these walls, I’m on top of it all. » – « Entre nous, et entre ces murs, c’est moi qui suis au-dessus de tout. »

ABSOLUTE BEGINNERS 1986 Julien Temple

THE HIGH SIGN (Malek, champion de tir) 1921 Buster Keaton

THE LIFE AQUATIC WITH STEVE ZISSOU (La vie aquatique) 2004 Wes Anderson

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