Introduire Marseille (1960-1988)

Comme on l’a constaté dans la première partie Introduire Marseille (1931-1970), le Vieux-Port et surtout son imposant pont transbordeur sont l’image de prédilection des réalisateurs pour introduire la ville de Marseille au cinéma. Continuons notre visite de la ville, subjective et incomplète, avec d’autres films qui voient la ville différemment.

Dans les années 60, plusieurs films commencent encore par une vue du Vieux-Port, même si le pont transbordeur a disparu.

1960 : Au début du premier film de Jean-Luc Godard, « A bout de Souffle », le jeune vaurien Michel Poiccard (Jean-Paul Belmondo) tente sa chance de voler une voiture.

Un panoramique rapide embrassant le Vieux-Port nous fait comprendre que nous sommes bien à Marseille. Ni une, ni deux, Poiccard s’empare d’une berline et file vers Paris.

Cette brève ouverture méditerranéenne annonce déjà les préoccupations de la Nouvelle Vague : des images volées sur le vif et le refus de la traditionnelle vue d’ensemble pour situer l’intrigue.


1966 : « Notre homme Flint », parodie américaine, qui essaye de profiter du succès des films de James Bond, désigne Marseille comme nid d’espions, où le super agent Derek Flint (James Coburn, toujours nonchalant) mène l’enquête. Un survol, légèrement flou, du Vieux-Port rassure le spectateur : nous sommes bien à Marseille.

Flint visite différents restaurants de la ville pour trouver la bouillabaisse typique, qui vont le conduire vers une bande de malfrats. Reconstitués en studio à Hollywood, les décors pleins de clichés sont vite saccagés lors des inévitables séquences de baston. Même si les scénaristes font des gangsters de véritables gastronomes, Marseille est vue comme une ville violente et peu accueillante, dans la quasi-totalité des films étrangers.


A partir des années 70, les cinéastes vont se focaliser sur d’autres parties de la ville. Si on découvre la ville de l’intérieur chez Pagnol et Allio (avec un désir fort des personnages de la quitter), les films des années suivantes montrent souvent des étrangers qui arrivent de l’extérieur par différents moyens de transport.

1971 : « French Connection », un des meilleurs polars des années 70, montre la lutte des policiers dans un New York sale, crasseux et gangréné par le crime. Fléau accentué par la quantité de stupéfiants qui y circulent, en provenance de Marseille(s)*.

Marseille est alors présentée comme le double maléfique européen de New York, même si la première vue de la ville montre une image plutôt pieuse et bucolique de la Bonne Mère, avec la basilique Notre-Dame-De-La-Garde. Une vue prise depuis la mer (depuis New York en quelque sorte).

William Friedkin a insisté auprès des producteurs pour pouvoir tourner quelques vues « typiques » sur place, entre la rue de la République qui débouche sur le Vieux-Port, …

… et le quartier populaire et malfamé du Panier.


1975 : La suite du film, « French Connection II », entièrement tourné à Marseille, commence avec une vue semblable sur la basilique Bonne Mère, mais cette-fois ci cadrée depuis la digue avec les bassins de la Joliette, l’endroit où la marchandise illicite part pour les Etats-Unis.

La ville apparaît sale et inhospitalière au policier grincheux « Popeye » Doyle (Gene Hackman) obligé de mener l’enquête, à la supposée source du mal. Le film insiste avant tout sur l’incompréhension de l’américain face aux méthodes françaises.

Suivent alors des filatures dans les rues et des fusillades entre les bâtiments du port industriel. A la fin du film, « Popeye » réalise qu’il a été utilisé comme appât et que ses collègues français ont des méthodes encore plus expéditives et désinvoltes que les siennes.

Le film se termine sur le Vieux-Port où l’intrépide policier parvient in extremis à exécuter le roi des trafiquants sur son yacht avant qu’il ne puisse regagner la mer.

Les deux films gardent une continuité avec les images de Pagnol : Marseille est avant tout une ville–port, en lien permanent avec la mer.


1972 : Dans « Le Tueur », c’est par avion qu’arrive le commissaire Le Guen (Jean Gabin) depuis Paris. Ce qui donne l’occasion de montrer la façade arrière de l’aéroport, au dessin épurée et moderne de Fernand Pouillon.


1974 : Dans le bien nommé « Marseille contrat », le policier (Anthony Quinn, bougonnant et irritable) débarque de Paris à la gare Saint-Charles. Quand il monte dans un taxi, l’image est cadrée depuis le promontoire de la gare, sur l’enseigne de l’hôtel Splendide avec au fond, la silhouette de la Bonne Mère.

Dans le même film, le tueur à gages (Michael Caine, sympathique et cynique) arrive également par train, mais il choisit ensuite une entrée en ville plus fracassante : pour semer ses adversaires, il s’empare d’une moto et descend l’escalier monumental de la gare à toute allure et disparait sur le Cours Lieutaud.


1983 : Après « Flic ou Voyou », « Le Guignolo », « Le Professionnel » et « L’As des as », « Le Marginal » est l’apogée d’une série de films à très grands succès où le seul nom de « Belmondo » est une valeur sûre au box-office. Même si les films sont prévisibles et peu intéressants, la nonchalance de l’acteur et les nombreuses scènes d’action suffisent à émerveiller les fans. L’inspecteur parisien aux méthodes expéditives, qu’il incarne ici, est muté à Marseille pour chasser, un fois de plus, des trafiquants de drogue. La jolie vue inaugurale sur le Vieux-Port depuis le Pharo, avec à gauche la tour du Roi René, reste à l’image du reste du film : attendu et sans surprise.


1988 : Au début de la comédie musicale « Trois places pour le 26 », Yves Montand, qui incarne son propre rôle – une star de music-hall – arrive en TGV à Marseille. C’est ici qu’il a connu ses premiers succès et il revient pour préparer une nouvelle revue. Il emprunte également les 104 marches de Saint-Charles, envahies par une horde de journalistes et de paparazzis qui le questionnent dans une chorégraphie endiablée.

Chacune des comédies musicales de Jacques Demy est attachée à une ville, qu’il ne filme pas seulement comme simple décor, mais comme un personnage à part entière. Il a su créer deux magnifiques classiques avec « Les parapluies de Cherbourg » et « Les demoiselles de Rochefort », mais par la suite, la sauce ne prend plus avec « Une chambre en ville » (1982), situé à Nantes, ni avec ce « Trois places … », censé célébrer la ville de Marseille.

Et même l’évocation du mythique pont transbordeur sur scène ne suffit plus pour émouvoir le spectateur. Yves Montand, le regard triste et fatigué, semble en avoir conscience …


… à suivre.

*Les anglophones écrivent Marseille avec un « s » à la fin.

A BOUT DE SOUFFLE 1960 Jean-Luc Godard

OUR MAN FLINT (Notre homme Flint) 1966 Daniel Mann

FRENCH CONNECTION 1971 William Friedkin

FRENCH CONNECTION 2 1975 John Frankenheimer

LE TUEUR 1972 Denys de la Patellière

THE MARSEILLE CONTRACT (Marseille contrat) 1974 Robert Parrish

LE MARGINAL 1983 Jacques Deray

TROIS PLACES POUR LE 26 1988 Jacques Demy

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