Jean Gabin à Alger

Tourné en 1937, « Pépé le Moko » s’inscrit dans une période très riche de la carrière de Jean Gabin. La même année, l’acteur tourne dans « La Grande Illusion », chef d’œuvre de Jean Renoir, et, l’année suivante dans les classiques « Quai des Brumes » (Marcel Carné) et « La Bête humaine » (Jean Renoir).

C’est le cinquième film du tandem Gabin – Duvivier (un sixième film, « L’Imposteur » suivra en 1940). Comme la plupart des films de Julien Duvivier, « Pépé le Moko » est empreint de noirceur et de pessimisme, mais le grand public se souvient surtout de lui grâce à ses comédies grinçantes et légères, autour de « Don Camillo », immortalisé par le malicieux Fernandel.

Pépé le Moko (Jean Gabin) est un caïd parisien qui a trouvé refuge dans la Casbah. Traqué par la police, le quartier labyrinthique du centre d’Alger lui assure protection et abri, tant qu’il y reste. Entouré de son clan d’amis fidèles, entretenu par sa maîtresse Inès (Nine Noro) et respecté par les locaux, il ne se porte pas plus mal dans cet exil imposé.

Jean Gabin transforme le gangster redoutable et sans scrupule en un séduisant et sympathique bon vivant. La rencontre de Pépé avec l’éblouissante Gaby Gould (Mireille Balin), parisienne sophistiquée, va faire basculer sa vie. Son mal du pays se manifeste alors violemment, autant que son désir de conquérir cette femme. Il souhaite retourner à Paris avec elle, mais il commet alors une série d’imprudences qui donnent l’avantage à la police, constamment à ses trousses.

En 1937, il n’est pas question de tourner ce drame dans les rues étroites et difficiles d’accès de la Casbah d’Alger. Si une équipe réduite se rend sur place pour quelques vues, le quartier est reconstitué dans les studios de Joinville-le-Pont, près de Paris. Les caméras et le matériel nécessaire de l’époque sont en effet trop lourds et encombrants pour être trimbalés dans les ruelles escarpées et tortueuses de la Casbah. En dehors des problèmes de logistique, le fait de reconstruire des décors en studio permet également de contrôler la lumière et d’être à l’abri des intempéries.

Le film s’ouvre sur des vues d’ensemble classiques (les fameux « establishing shots »), tournées à Alger, …

… et quelques images des terrasses et des ruelles typiques. Quelques scènes sur le port, à la fin, ont été tournées à Marseille et à Sète. L’actrice Mireille Balin sera d’ailleurs très déçue de jouer dans un film qui se passe à Alger… sans jamais y mettre les pieds.

Il est assez facile de détecter le vrai (à gauche) du faux (à droite), mais Duvivier parvient à maintenir la cohérence de l’ensemble. Les décors ajoutent un côté féerique, qui donne au film un charme particulier.

C’est le chef décorateur Jacques Krauss, un régulier de l’équipe Duvivier (ils tournent huit films ensemble), qui a créé cette Casbah artificielle. La pièce maîtresse du décor est une succession de terrasses imbriquées, sur laquelle évoluent les personnages, combinée à un fond peint sur verre selon le procédé matte painting.

Une multitude de ruelles factices complètent l’environnement de ce quartier, devenu une prison à ciel ouvert pour Pépé.

Des rues aux noms improbables (et pourtant véridiques) peuplées de malfrats et de prostituées.

Parmi lesquelles Tania, une ex-chanteuse oubliée du public (jouée par la grande chanteuse Fréhel, elle-même tombée dans l’oubli au moment du tournage).

L’impénétrable inspecteur Slimane (Lucas Gridoux) et le fourbe commerçant Régis (Fernand Charpin – l’inoubliable Panisse de la trilogie marseillaise de Pagnol), échafaudent un plan pour faire sortir Pépé de la Casbah.

Mais ce qui fait vraiment vaciller Pépé reste la rencontre avec la jolie parisienne Gaby Gould, occasion d’entamer une chanson mélancolique sur les terrasses d’Alger – une des rares scènes qui montre Jean Gabin réellement à Alger, et non dans un décor.

Comme cette vue d’un des escaliers qui descend de la Casbah vers le port d’Alger. En quittant son refuge, Pépé prend tous les risques pour rejoindre la belle Gaby, …

… qui l’attend sur le bateau – ainsi que la police !

Pépé le Moko 1937 Julien Duvivier

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