Les espaces servants (du futur)

Le travail de l’architecte consiste à organiser et hiérarchiser l’espace. Chaque projet est constitué d’une multitude de pièces qui doivent être mises en relation pour garantir le bon fonctionnement.

Il y a les espaces principaux (pour la représentation et l’utilisation) et les espaces secondaires (qui assurent le fonctionnement). Ce qui a conduit l’architecte américain Louis Kahn a élaborer sa théorie d’« espaces servis » et « espaces servants ».

Les espaces servis sont les espaces « importants » (séjour, salle à manger, bureaux), tandis que les espaces servants sont les espaces techniques (machineries, toilettes, chaufferies, rangements, conduits d’aération) ou de transition (couloirs, escaliers) … En d’autres termes des espaces inévitables, mais qu’on aimerait oublier, car ils sont souvent purement fonctionnels, encombrants et (souvent) peu esthétiques.

Même si Kahn, donne la même importance aux deux catégories, force est de constater que les espaces servants ne sont au quotidien guère valorisés et l’architecte essaie plutôt de les cacher où de les minimiser (le petit placard sombre sous l’escalier dans la maison de Harry Potter est un exemple, la chaufferie sinistre et obscure où réside Freddy Krueger en est un autre).

Ce ne sont pas des espaces qu’on aime montrer. Sauf… dans les films de science-fiction.

Dans le futur, les locaux techniques ou de stockage, les centrales d’énergie, couloirs, sas de décompression et autres conduits d’aération sont particulièrement spacieux, esthétiques et soignés, comme on peut le constater dans les classiques du genre.

« Metropolis » (1927) nous surprend avec un générateur souterrain dernier cri : complexe, gigantesque et à l’architecture audacieuse.

« Things to Come » (1939) impressionne avec son centre de production d’énergie nucléaire qui ressemble à une batterie de fusées alignées dans un hangar interminable (souterrain lui aussi).

Et « Planète interdite » (1956) célèbre l’énergie avec cette véritable cathédrale de production ! Ses passerelles impressionnantes, ses rangées de sucettes géantes mystérieuses et son générateur électrique conçu à la manière d’un phare futuriste laissent bouche bée.

Le cœur du cerveau du redoutable HAL 9000 dans « 2001, l’Odyssée de l’espace » est une pièce fonctionnelle, animée par une quantité impressionnante de bandes lumineuses d’un rouge profond qui s’accordent parfaitement avec la lumière vert pâle du sas de décompression.

Beaucoup plus impressionnant encore, le garage pour ranger la navette lunaire où le même rouge donne une ambiance à la fois féérique et festive. C’est autre chose que la banalité de nos aérogares d’aujourd’hui.

Plus sobre, mais pas moins gigantesque : la place dédiée à l’intelligence artificielle que dénonce « Le Cerveau d’acier » de 1970. Ce superordinateur, censé défendre les Etats-Unis et assurer leur sécurité, décide, comme le HAL 9000 de « 2001, l’Odyssée de l’espace », de prendre le pouvoir et de soumettre l’ensemble de l’humanité sous ses ordres.

Plus modeste, assez réaliste, mais également ultra-puissante et laquée d’un joli bleu « Alpine 462 », voici l’unité centrale qui dirige la ville dans le « THX 1138 » de George Lucas (1971). Après l’échec cuisant de ce film dystopique ambitieux, Lucas va donner beaucoup plus d’ampleur aux espaces techniques dans ses œuvres à venir (la saga « Star Wars »).

D’un tout autre registre est l’étonnante centrale d’énergie rétro-futuriste du film de David Lynch, « Dune » (1984), très fidèle aux obsessions visuelles de son créateur et à son engouement pour les usines sidérurgiques.

On retrouve cette approche sombre et gigantesque, traversée par une multitude de passerelles, dans le film de Paul Verhoeven, « Total Recall » (1990).

Pour arriver finalement aux conduits d’aération, très nombreux et de dimension généreuse dans les films de SF et carrément magistraux chez Gorge Lucas.

On passe ceux qui sont mis en valeur dans « Alien » et ses suites – plutôt claustrophobiques et remplis de monstres, pour arriver directement au luxe débordant du conduit d’aération dans « Star Wars », à l’intérieur de l’étoile de la mort, dans lequel Obi Wan Kenobi doit désactiver un… truc, pour que le Millenium Falcon puisse s’échapper de l’étoile ! Une fois encore, ce mariage heureux entre technicité ingénieuse et savoir-faire architectural fait songer avec admiration aux cathédrales du passé.

Le conduit d’aération suprême reste celui qui absorbe le jeune Luke Skywalker après avoir perdu sa main et réalisé qui est son père. Immense, gigantesque, profond, magnifiquement éclairé de milliers d’ampoules (on se demande pourquoi, d’ailleurs), c’est la pièce technique maîtresse de la Cité des Nuages dans « L’Empire contre-attaque ».

Ingénieurs du monde, réjouissez-vous : le futur sera radieux pour les espaces servants !

METROPOLIS 1927 Fritz Lang

THINGS TO COME 1936 W. C. Menzies

FORBIDDEN PLANET (Planète Interdite) 1956 Fred M. Wilcox

2001 A SPACE ODDITY (2001-Odyssée dans l’espace) 1968 Stanley Kubrick

COLOSSUS (Le cerveau d’Acier) 1970 Joseph Sargent

THX-1138 1971 George Lucas

DUNE 1984 David Lynch

TOTAL RECALL 1990 Paul Verhoeven

STAR WARS IV (La Guerre des Etoiles) 1977 George Lucas

STAR WARS V (L’empire contre-attaque) 1980 Irvin Kershner

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