Confetti urbain

Le lotissement reste un idéal pour beaucoup de gens qui rêvent de posséder une petite maison individuelle avec un bout de jardin autour (pas trop grand, sinon ça fait trop de travail), un garage (pour bricoler ou simplement se retirer en cas de conflit familial) et entourée d’autres maisons semblables remplies de voisins sympathiques.

Pourtant, le lotissement est la forme la plus anti-urbaine qui soit : les maisons sont jetées comme des confettis sur un terrain dans le but de le remplir au maximum. Elles sont repliées sur elles-mêmes et se ressemblent (taille, forme, couleur).

Entourées de ruelles en boucle et de nombreuses impasses et voies sans issue, l’orientation y est difficile et donne souvent l’impression aux visiteurs de se trouver dans un labyrinthe.

Les lotissements dans « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton (1990) ci-dessus, et de « Poltergeist » de Tobe Hooper (1982) ci-dessous, illustrent parfaitement ce principe.

Si le lotissement dans « Poltergeist » est hanté par des esprits malveillants, c’est parce qu’un promoteur peu scrupuleux l’a construit sur un ancien cimetière, ce qui – visiblement – ne plaît pas aux fantômes.

Le film est sorti deux ans après « Shining » de Stanley Kubrick où le sinistre Overlook Hotel avait déjà été construit sur un cimetière – ceci explique cela.


Dans Robocop de Paul Verhoeven, le policier Murphy (Peter Weller), au moment de mourir et avant d’être ressuscité en tant que cyborg, voit dans un flash tout le bonheur de sa vie :

… sa femme et son fils devant sa maison dans un lotissement typique des Etats-Unis !


Les lotissements sont un dérivé du concept des villes-jardins du début du siècle (dernier) et sont construits en grand nombre à partir des années 50. Le cinéma américain s’empare rapidement de ce décor pour le détourner.

Ces quartiers supposés idylliques, tranquilles et ordonnés deviennent alors cauchemardesques, quand un mal extérieur y fait irruption, comme dans « Les Nerfs à vif » (1962), où Robert Mitchum terrorise Gregory Peck et sa famille, ou encore dans le bien nommé « La maison des Otages », film tourné en 1955 par William Wyler.

Trois évadés font ici irruption dans une maison de lotissement choisie au hasard pour y trouver refuge, le temps de récupérer de l’argent et une voiture. Le film est inspiré d’un fait divers réel qui s’est déroulé en 1955.

L’autrichien Peter Haneke va s’en souvenir pour ses deux versions de « Funny Games » (1997 et 2007), où le but des assaillants n’est plus de se cacher, mais uniquement de terroriser et de maltraiter une famille.

C’est aussi ce qui arrive à la famille du film de Wyler, qui subit les excès de méfiance et de colère des criminels, qui n’ont rien à perdre. Ce huis clos est toujours aussi palpitant grâce à une mise en scène efficace qui utilise les espaces intérieurs pour renforcer l’escalade de la tension. En particulier dans le hall avec escalier et galerie à l’étage, où Wyler fait converger les protagonistes sur plusieurs niveaux.

L’architecture joue alors un rôle capital dans ce drame et la violation de la maison paraît aussi intrusive et brutale que l’agression de ses habitants.

Car pour le père, il ne s’agit pas seulement de protéger sa famille mais aussi sa propriété et son territoire.

Ce cliché de la famille américaine parfaite, avec une mère dévouée, un père responsable, une fille adolescente sage et un garçon vif, dans une jolie maison spacieuse et bien rangée, sera déboulonné quelques décennies plus tard par David Lynch dans « Blue Velvet » et surtout dans la série « Twin Peaks » : plus besoin de gangsters venus d’ailleurs, le mal se trouve déjà à l’intérieur des maisons et des familles.

(à suivre)

EDWARD SCISSORHANDS (Edward aux mains d’argent) 1990 Tim Burton

POLTERGEIST 1982 Tobe Hooper

ROBOCOP 1987 Paul Verhoeven

THE DESPERATE HOURS (La maison des otages) 1956 William Wyler

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