Retour à Sarcelles

Trois ans et demi après « Rue des Prairies », Jean Gabin retourne à Sarcelles. Si son personnage a participé dans le premier film à la construction des phases II à V, le personnage de « Mélodie en sous-sol » se retrouve projeté dans cette ville nouvelle qu’il ne comprend pas.

Le générique de ce classique du polar français s’ouvre sur des images du grand ensemble de Sarcelles, conçu par Jacques-Henri Labourdette (1915-2003), à la fin des années 1950.

Ce vaste chantier de 12 368 logements (entre 1955 et 1975) en est à sa phase VI, quand le truand Monsieur Charles (Jean Gabin, majestueux et impassible) rentre chez lui après cinq ans de prison.

Il ne reconnait plus rien de son ancien quartier, chamboulé par la construction des barres et tours.

« La rue Théophile-Gauthier, s’il vous plaît ? », demande l’ancien taulard, à peine sorti de la gare. « Ici, à Sarcelles ? Ca n’existe pas », lui répond un commerçant. « Ah si, j’y habite ! » – « Alors, si vous y habitez, vous devez savoir où c’est ! »

S’il arrive quand même à retrouver son petit pavillon, désormais entouré de constructions modernes, il n’en demeure pas moins dégoûté : « Dire que j’avais acheté ça pour les arbres et les jardins […] c’est devenu New York ».

Cette introduction annonce que le gangster sexagénaire n’est plus vraiment « dans le coup », face à un monde qui a radicalement changé, à l’aube des promesses des trente glorieuses.

Mais c’est aussi déjà, en 1963 où l’ensemble n’est pas encore terminé, une critique envers un urbanisme brutal qui transforme radicalement le paysage urbain.

Monsieur Charles va alors s’associer avec un jeune loup (Alain Delon), pour organiser un dernier grand hold-up qui a pour cible le casino de Cannes.

Il est bien connu que sur la Côte d’Azur, l’architecture moderne passe mieux qu’à Sarcelles, pour se détendre et aussi pour alléger les riches de leurs biens.

Henri Verneuil retient du « Palm Beach Casino », construit par Roger Séassal en 1929 dans un style « oriental-kitsch » qui évoque les « Milles et une nuits »…

… l’extension de la piscine, construite après-guerre avec des formes résolument modernes (et qui sont malheureusement menacées de disparaître dans la réhabilitation qu’envisage actuellement l’agence Caprini & Pellerin).

Il ne restera alors plus que le cinéma pour se remémorer cette piscine dans sa forme d’origine, et par la même occasion pour voir ou revoir un des meilleurs films de braquage français jamais tourné.

MELODIE EN SOUS-SOL 1963 Henri Verneuil

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