Albert Finney à New York

Albert Finney, acteur réputé de théâtre anglais, est un des piliers du « free cinema » dans les années 60, où il incarne le jeune homme à la fois insouciant et tourmenté (ci-dessus dans l’emblématique « Saturday night and Sunday morning »), qui reflète un changement de mentalité dans une Angleterre rigide et traditionnelle.

Il est curieux alors de le voir en flic désillusionné et alcoolique à New York – rôle qu’il maîtrise pourtant parfaitement -, puisqu’au début des années 80, Finney est un acteur déchu et alcoolique. (Il retrouvera la gloire et une nomination aux Oscars trois ans plus tard en incarnant un diplomate alcoolique et tourmenté dans le film de John Huston « Au-dessous du volcan ».)

Michael Ladleigh est un cinéaste non moins curieux, qui n’a tourné que deux films : le documentaire légendaire « Woodstock » (1969) qui ne capte pas seulement les concerts du festival, mais surtout l’ambiance hippie et contestataire du public (couronné d’un Oscar)…

Onze ans après, il dirige son unique film de fiction, situé au cœur de New York, l’injustement oublié thriller horrifique « Wolfen », basé sur le roman de Whitley Strieber, auteur également du roman « The Hunger / Les Prédateurs » transposé en film en 1983 par Tony Scott.

Le meurtre atroce du richissime promoteur immobilier Van der Veer et de sa femme en pleine ville est le point de départ de l’enquête…

… où la police privilégie d’abord l’hypothèse d’un acte terroriste et met en place un système complexe de surveillance, sans grand succès.

Or le film, qui montre à plusieurs reprises le point de vue des assaillants (en vision thermique, une méthode popularisée plus tard par John McTiernan dans « Predator » de 1987 et ses suites), laisse plutôt penser à l’acte d’une bête sauvage.

Si le film ne laisse pas longtemps de doutes sur l’identité des meurtriers, ceux-ci sont pour le moins insolites, puisqu’il s’agit d’une meute de loups qui a élu domicile dans la partie extrêmement délabrée du South Bronx.

Si ce quartier est aujourd’hui surtout reconnu comme le berceau du hip-hop à la fin des années 70, c’est aussi à ce moment-là que son déclin est à son paroxysme, avec la plupart des immeubles délabrés, en ruines et désertés par ses habitants.

A partir du constat bien réel qu’un quartier entier en plein centre de New York puisse à ce point ressembler à une zone de guerre et rester à l’abandon pendant des décennies …

… l’idée que ce no man’s land puisse être infiltré par des loups sauvages ne semble pas complètement absurde. Le film développe alors une conscience sociale et urbaine qui va bien au-delà des conventions d’un film d’horreur traditionnel.

Si les loups habitent bien dans les ruines du South Bronx, la clé du mystère se cache dans l’extravagant penthouse de Van der Veer …

… situé au dernier étage de son gratte-ciel (le Chase Manhattan Plaza, construit en 1962 par Skidmore, Owings & Merrils), …

… sous forme d’une maquette illustrant le projet phare de son promoteur et sensé inaugurer la renaissance du quartier du South Bronx. Ce projet ambitieux ne chassera pas seulement les habitants restants, mais aussi les loups.

L’assassinat du promoteur comme acte délibéré des loups pour éviter la gentrification de leur territoire !

C’est en tout cas l’avis de l’amérindien Eddie Holt (Edward James Olmos – l’inoubliable policier Gaff, amateur d’origamis dans « Blade Runner ») en évoquant la légende du loup-dieu « Wolfen » …

Occasion aussi pour le film de rappeler que ce sont surtout les Indiens, connus pour être exempt de vertige, qui construisirent les ponts et les gratte-ciels de la ville.

Wadleigh réussit alors à combiner thriller captivant, …

… avec un film d’horreur inquiétant et visuellement innovant, …

… et à conserver la critique d’un urbanisme antisocial déjà très présent dans le roman.

Si la renaissance du South Bronx a bien eu lieu entre-temps, les inégalités sociales n’ont pas beaucoup changé, avec d’un côté 40% de la population du quartier vivant en-dessous du seuil de pauvreté (contre 18% pour le reste de New York) et de l’autre côté des boutiques et des galeries d’art chics qui célèbrent légendes du Rap et icônes des Black Panthers.

WOLFEN 1981 Michael Wadleigh

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