Anthony Royal, architecte-dieu

La chanson « Haus der Lüge » (« Maison des mensonges ») du groupe avant-gardiste industriel punk « Einstürzende Neubauten » décrit un immeuble aussi fascinant qu’impossible et contradictoire, avec son architecte logé au dernier niveau qui se prend pour Dieu.

Un peu comme l’architecte de « High Rise » – film manifeste d’après le roman culte écrit en 1975 par J. G. Ballard.

Dans l’adaptation cinématographique de Ben Wheatley, l’architecte bien nommé Anthony Royal, habillé en blanc dans son bureau blanc, est interprété par un Jeremy Irons entre aigreur et surestimation.

Un créateur qui habite et règne tel un roi sur son œuvre, un ensemble brutaliste de cinq tours d’habitation, dans une Angleterre imaginaire des années 70.

Installé au quarantième étage d’une de ses tours, le bureau de Royal représente le cliché attendu d’un architecte moderniste prônant la pureté et le minimalisme.

Avec un extérieur pour le moins surprenant, même si ce cottage historisant …

… fait partie d’un vaste jardin à la française conçu spécialement pour son épouse Ann (Keeley Hawes), …

… qui n’a visiblement pas les mêmes goûts pour l’architecture et se voit plutôt en Marie-Antoinette des temps modernes.

Dans l’esprit de l’unité d’habitation de Le Corbusier, les tours de Royal réunissent équipements, commerces, piscine, kiné et supermarché, ce qui les rend relativement autonomes.

Une certaine mixité sociale est également au programme, même si celle-ci préserve les lois de la gravité : les pauvres dans les étages inférieurs, les riches en hauteur.

L’histoire de Ballard bascule inévitablement dans l’anarchie : les inégalités combinées avec les dysfonctionnements des tours et les erreurs de construction provoquent une révolte entre habitants, qui devient de plus en plus incontrôlable et violente …

… et culmine dans la destruction des immeubles par les adultes, et des maquettes de l’architecte par une bande d’enfants joyeux.

L’architecte qui doit rendre des comptes arrive néanmoins à s’accommoder de la nouvelle situation. Finalement, il ne sera pas jugé pour sa vision totalitaire de l’architecture, mais tout simplement assassiné par un mari jaloux pour une histoire d’adultère.

HIGH RISE 2015 Ben Weathley

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