Cage dorée

Le film « Swallow » décrit le quotidien de Hunter (l’incandescente Haley Bennett), qui passe ses journées de bonne épouse dans la somptueuse résidence qu’elle occupe avec son mari Richie, un businessman à succès, fils d’un patriarche influent.

Le père bienveillant a financé la villa contemporaine qui surplombe le fleuve Hudson dans un site imprenable de Highland, dans l’Ulster County, à une heure de Manhattan. Le film a été tourné dans la villa Fels à New Paltz. Selon un article du « Architectural Digest », son architecte est Robert J. Dupont (ce qui est peu probable quant au regard de sa production habituelle très traditionnelle). Par ailleurs, la villa peut être louée sur le site de VRBO et AirBnB.

Hunter a réussi à s’affranchir de ses origines modestes par ce mariage avec un homme fortuné, qui semble sincèrement l’aimer.

Les intérieurs de la maison, conçus par le chef décorateur Erin Maggil, baignent l’héroïne dans une ambiance des années 50, non sans faire penser aux mélodrames américains bitter-sweet en technicolor de Douglas Sirk, ici ironiquement accompagnés par la musique entraînante de « The The » (« This is the day, your life will surely change… »).

Mais Hunter rappelle aussi les héroïnes des kitchen sink dramas anglais, qui décrivent un quotidien ennuyeux et terne (ici plutôt doré !), dont les protagonistes sombrent dans la déprime ou la révolte.

Hunter passe ainsi ses journées à décorer, nettoyer et améliorer un écrin …

… qui est déjà parfait.

Elle a donc tout pour être heureuse – en apparence. Mais certains de ses tics (l’ajustement répété de sa coiffure, son regard rêveur dans le vide) trahissent dès le début du film un mal-être qu’elle ne s’explique pas et qu’elle essaie d’abord d’ignorer.

Son mari ne s’intéresse pas vraiment à elle en tant que personne, mais plutôt comme un bel objet.

Malgré elle, sa villa – censée être un cocon protecteur – prend l’allure d’une cage dorée où d’une prison vitrée.

Au lieu de sombrer dans l’alcool ou l’anorexie, Hunter essaie de « faire quelque chose d’inattendu » (phrase sur laquelle elle est tombée dans un livre) et commence à avaler des objets : une maladie connue sous le nom de Pica.

Le film acquiert alors une composante de film d’horreur (sans toutefois se servir des procédés du genre), puisque les objets deviennent de plus en plus dangereux et que le spectateur se demande jusqu’où va la mener ce chemin d’autodestruction…

C’est une horreur feutrée et « clinique », proche de certains aspects du cinéma de David Cronenberg (notamment « Dead Ringers », « Crash » ou « Spider ») ou d’un Franju (les scènes d’opération dans « Les yeux sans visage »), mais ces notions sont seulement suggérées en périphérie comme un sous-texte, dans ce drame domestique.

La villa – pourtant si transparente et généreuse – incarne l’isolement et l’oppression de Hunter qui n’a pratiquement pas de relations sociales en dehors de sa belle-famille, laquelle l’ignore systématiquement quand elle essaie de participer aux conversations.

Le sentiment d’aliénation que subit Hunter n’est pas sans rappeler le film de science-fiction « Les femmes de Stepford » (1975 Brian Forbes) où les femmes d’un village sont remplacées et transformées par des robots sans volonté, sous la domination d’un système patriarche misogyne. Ou encore les multiples versions d’« Invasion of the Body Snatchers » (1956 Don Siegel, 1978 Philip Kaufman, 1993 Abel Ferrara, 2007 Oliver Hirschbiegel) dans lesquelles des extraterrestres remplacent les humains par des sosies sans émotion…

Ils sont incarnés ici par le mari et les beaux-parents, qui sous leurs airs de bienveillance et d’empathie, cherchent uniquement à maintenir l’image d’un mariage réussi et à faire de Hunter une jolie poupée présentable, serviable et surtout silencieuse.

« Swallow » n’est pas un film d’horreur, ni de science-fiction, mais un portrait de femme intense et sensible, qui contient en sourdine assez d’éléments des deux genres. Ceci grâce à la mise en scène intelligente et toute en retenue de Carlo Mirabella-Davis, dont c’est le premier film, et au jeu bouleversant de Haley Bennett.

Le choix de la villa Fels comme lieu de tournage est un nouvel exemple de « demeure de salauds »…

SWALLOW 2019 Carlo Mirabella-Davis

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