Le dome de Bucky

A la périphérie de Montréal, un homme à pied (Jean-Louis Trintignant) est poursuivi par des types peu recommandables dans une voiture.

Il trouve refuge dans le pavillon américain de l’exposition universelle à Montréal, construit en 1967 par le vénéré architecte, designer, et écrivain Richard Buckminster Fuller.

C’est ainsi que commence le polar délirant « La Course du lièvre à travers les champs » de René Clément (« Jeux interdits ») metteur en scène inventif et multi-primé, injustement discrédité dans des articles virulents de jeunes critiques (Truffaut, Godard) qui vont constituer l’essence de la Nouvelle Vague au cinéma.

Avec un diamètre de 71 m et une hauteur et 57 m (ou 61 m selon d’autres sources), le dôme du futuriste Buckminster Fuller a été la plus grande géode du monde, entièrement vitrée. Le dôme est devenu le symbole et le pavillon le plus visité de l’Expo 67 de Montréal.

Le film de Clément est tourné cinq ans après l’Expo 67 – période où le pavillon est le dernier des 90 présentés toujours debout, mais vidé de ses pièces d’exposition et sans utilisation.

Le pavillon contient aussi l’escalator mécanique le plus long du monde (en 1967) avec 42 m de longueur (depuis détrôné par celui d’un parc d’attraction à Hong Kong avec une longueur de 227 m). C’est précisément sur cet escalator que notre héros est témoin d’un règlement de compte entre des groupes de gangsters…

Qui décident d’embarquer avec eux le témoin indésirable …

La suite de l’histoire s’éternise un peu trop dans une cabane de pêcheurs dans les bois et des histoires farfelues entre truands, où Clément applique doublement le dogme attribué à JLG* : « Tout ce qu’il faut pour faire un bon film est une fille et un flingue », avec à droite la ravissante Léa Massari et à gauche l’ingénue Tisa Farrow – sœur cadette de Mia.

Pour culminer dans un hold-up aussi surréel qu’absurde (et photogénique) qui consiste à enlever une fillette d’un gratte-ciel au 35ème étage, à travers une rue sur une échelle de pompiers, par des ravisseurs avec des masques anti COVID-19 !

L’échange final de l’otage contre l’argent a lieu sur l’immense parking de l’Expo 67 où on peut apercevoir encore une dernière fois au loin la silhouette de la géode de Bucky entourée d’un no man’s land étrange et irréel …

« La Course du lièvre à travers des champs » est un étrange fourre-tout (avec des flashbacks peu compréhensibles situés à Marseille et avec la première apparition furtive à l’écran d’Emmanuelle Béart). Un film où le scénariste Sébastian Japrisot mélange avec plus ou moins de bonheur deux romans du respecté David Goodis qu’il transforme tellement que l’auteur n’est même plus cité au générique. Un film délirant et surprenant, probablement tourné sous acide, ce qui ne veut pas forcément dire que c’est un très bon film.

La star de l’Expo 67, qui rend la scène d’ouverture si attrayante, est ravagée par un grand incendie en 1976 qui détruit l’ensemble de la couverture en polymère, sans endommager la structure métallique. La coupole est rénovée et transformée en 1995 en musée consacré à l’environnement et au développement durable et désormais appelée « Biosphère ».

Le dôme de Bucky est aussi source d’inspiration pour notre architecte bien-aimé Guillaume Bertin.

  • *Même si c’est Godard qui a rendu populaire cette phrase, utilisé pour promouvoir son film « Bande à part », il a toujours insisté pour souligner qu’elle vient du metteur en scène américain D. W. Griffith qui disait : « What does filmgoers want ? – A girl and a gun. »

LA COURSE DU LIEVRE A TRAVERS DES CHAMPS 1972 René Clement

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